Claire, oscour qu’elle disait ma prof au début.
Claire oscour, j’y comprenais rien.

Et d’une, elle s’appelle pas Claire, et moi non plus d’ailleurs,
Et de deux, mes coups de pinceau, y avait pas de quoi rameuter le quartier !

Enfin, je crois.

M’a fallu du temps avant de comprendre qu’elle disait « Clair/obscur » !
Clair / Obscur ! C’est pourtant simple :
Si là il y a du clair, à côté tu mets de l’obscur !
Une p’tite ombre, juste là… que ça fasse ressortir le sujet.
Et si c’est de l’ombre, ben tu mets de la lumière à côté… pareil.

Spacon !

Même que c’est comme ça qu’ils faisaient les anciens. Enfin, pas trop anciens quand même. Disons… ceux de la Renaissance. J’veux pas cafter, mais c’est apparemment Polidoro qu’a commencé. Mais siiii : Polidoro… da Caravaggio ! Le Caravage !
Il s’en servait pour symboliser le monde terrestre, noir, noir… et le monde divin, clair, clair…

Après, c’est le nord qui s’y est mis (normal, moins de lumière là bas ?) Rembrandt et compagnie : Jan Bueghel, l’ancien, puis le jeune, Vermeer, etc.

- AAAAAAAHHHHH ! d’accooooord !

Facile !

Enfin, facile à dire. Parce que le faire sans aller trop loin…

- Mais c’est pourtant évident triple buse : D’OU VIENT LA LUMIERE ?

Démonstration : Georges de La Tour (14/03/1593  30/01/1652)
- "Marie-Madeleine en pénitence".
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- Ah ben celle là, on me l’avait jamais faite !
La lumière ?

- Ben oui : faut bien qu’il y en ait pour que tu voie la scène !
- Ah oui… Pas faux… Bennn je sais pas ?
- C’est une des premières choses à décider quand tu veux faire un tableau : sinon, tu aura beau ouvrir la porte, il n'y aura pas un piaf qui voudra s’y mettre dans ta cage* ! Il ne saura pas où est le soleil !
- Aaahh ouaaiiiis…
- Donc tu décide d’où vient la lumière, et tu applique du clair là où elle touche le sujet, et de l’ombre à côté.
- Euhhh…. Mais si je sais pas d’où elle vient la lumière ?
- Mais si ! C’est sous-entendu dans ta composition.
- Ah… Je savais pas qu’en plus de peinture, j’avais pris option français… composition, ça me rappelait de mauvais souvenirs…
- Tsssssss ! La composition, c’est comment tu place ton sujet sur ta toile. Si tu as une grande toile, tu ne vas pas faire un petit mickey dans un coin ?
- Ah ben non ! Elle m’a coûté assez cher ! vais la remplir celle là !

- Donc tu vas positionner ton sujet en fonction de la toile. Et tu vas le placer de façon à ce qu’on comprenne tout de suite ce que tu veux monter. de_La_Tour__clair_obscurPour ca, il faut éclairer ce qui est important pour toi.
- l'est gentille ma prof. Même quand elle est énervée, elle reste calme !
Donc si je mets la lumière là, alors la main ici elle est dedans ?
- Oui, et le menton est à l'ombre ! Mais la main ne couvre pas toute la mâchoire, donc, à un moment, il faut laisser la lumière éclairer celle-ci.... Et à ce moment, la main revient dans l'ombre...
- Ouh mes cheveux.... bobo !
- et ça se complique quand tu as quelque chose qui réfléchit la lumière, comme une théière par exemple.
- Une théière ?
- Oui, ou n'importe quel objet réfléchissant.
- Comme moi quoi...
- Nan, toi tu réfléchis pas assez ! C'est un problème de réfraction et de diffraction.
- Argh ! après le français, voilà les maths et l'a physique ! Savais pas qu'il fallait être opticien pour peindre, moi... En tous cas, je comprends pourquoi ca s'appelle des "cours" ! Retour à l'école dare dare ! Et tout ça avec la même prof ! L'est costaude quand même !
Bon, allons y pour les fractions...
- La réfraction, c'est ce qui fait que la lumière ne suit pas systématiquement une ligne droite. Tu sais quand même ce qu'est une ligne droite ?
- Ben oui. C'est ce qui relie deux points. A condition qu'ils soient bien l'un en face de l'autre !
- Pffff...

... a suivre....

* Note du traducteur : référence au poème de Jacques Prévert « Pour faire le portrait d’un oiseau »